Description de l'exposition
Au Québec, aux côtés de la défense de la langue française, le sentiment d’appartenance s’est depuis longtemps tissé autour de scènes bucoliques d’activités en plein air comme le patinage sur des étangs gelés et la randonnée en raquettes dans les érablières. En établissant un rapprochement entre la langue, la culture et les eaux froides de l’océan, Joyce Joumaa met en lumière un moment particulier de l’histoire du Québec, alors que le succès mondial en anglais de Céline Dion My Heart Will Go On – chanson thème du film Titanic – contrastait avec le débat politique local entourant le référendum sur la souveraineté de la province.
Dans l’une des scènes du film, Rose dérive sur un débris d’épave tandis que son amant Jack est à demi immergé dans une eau glaciale. S’appuyant sur la portée de cette image, ainsi que sur son association avec la chanson de Céline Dion, Joumaa la juxtapose à des archives de documentaires de l’Office national du film sur le référendum québécois de 1995. En mettant en place un dispositif invitant le public à chanter, elle fait dialoguer le corps, les paroles en anglais de la chanson et les images brouillées du référendum au résultat serré dans une chorégraphie où s’entremêlent la langue, l’identité, l’action et les récits médiatisés. Cette chorégraphie, qui compresse le temps, jette aussi un regard sur la résurgence actuelle du nationalisme québécois et le renouveau des débats identitaires. L’artiste nous incite à faire entendre nos voix et notre solidarité ici et maintenant – à tirer la sonnette d’alarme face à l’iceberg vers lequel nous risquons de foncer.