Description de l'exposition
Selon les scientifiques, si la calotte glaciaire du Groenland venait à fondre complètement, le niveau des océans pourrait s’élever de six mètres, ce qui affecterait largement les petits États insulaires. nibia pastrana santiago mobilise son corps pour entrer en relation avec l’eau, envisagée comme un vecteur des réalités sociales, culturelles et environnementales de Porto Rico et des Caraïbes. À l’aide d’accessoires trouvés ou fabriqués, elle esquisse les contours d’un système où la privatisation, l’exploitation des terres et le néocolonialisme privent les communautés de l’accès à l’eau. Se déployant naturellement dans des environnements du quotidien – plages, piscines creusées, ports et autres lieux au bord de l’eau –, les œuvres de pastrana santiago transforment en résistance la paresse, l’immobilité et le refus de produire face à la contrainte temporelle incessante imposée par le capitalisme.
Suspendue dans le hall de l’Espace Quatre Cents, une banderole porte l’inscription YOUR ISLAND HERE. Comme une banderole publicitaire traînée par un avion survolant une plage, on peut l’observer d’en bas. L’œuvre met ainsi l’accent sur le langage de la colonisation : le pouvoir des énoncés performatifs à transformer les lieux d’accès à l’eau.
Depuis le siècle dernier, les communautés côtières sont particulièrement vulnérables au changement climatique, avec l’élévation du niveau de la mer et l’intensification des tempêtes liées à la fonte des calottes polaires. Les gens qui vivent loin des côtes observent souvent la dévastation à distance, ce qui rend ses effets sur le corps humain moins tangibles.
Baliza (2023) montre pastrana santiago flottant librement dans une piscine bleu océan, tandis que, dans une chorégraphie hypnotique, elle se drape de deux banderoles portant les inscriptions « aquí había una isla » (ici se trouvait une île) et « your island here » (ici, votre île). Créée dans le cadre d’une résidence d’artiste à la Fondation Robert Rauschenberg à Captiva, en Floride, cette performance interroge les conceptions coloniales du territoire et la marchandisation de la terre et de l’eau telles qu’illustrées par le développement effréné d’hôtels et d’attractions touristiques en bord de mer. Ces banderoles, vues d’en haut – comme un message écrit dans le sable – ou d’en bas – comme une banderole publicitaire traînée par un avion survolant une plage –, mettent l’accent sur le langage de la colonisation : le pouvoir des énoncés performatifs à transformer les lieux d’accès à l’eau. Dans la vidéo, la ligne d’horizon est inversée, la surface apparaissant sous pastrana santiago plutôt qu’au-dessus d’elle. L’action traduit une certaine désorientation, un changement de paradigme et la réappropriation des images de cartes postales associées aux « vacances idéales à la plage ».