Description de l’exposition
Antonio Pichillá tisse le paysage avec l’entièreté de son être. Il façonne chaque fil de ses textiles par des gestes méticuleux et précis, hérités de la culture tz’utujil transmise par des générations de femmes, dont sa mère. Déconstruisant et reconstruisant les pratiques textiles traditionnelles tout en remettant en question les modes occidentaux de production, de conservation et d’extraction, Pichillá utilise divers outils, notamment le métier à tisser à ceinture, pour mobiliser un savoir incarné.
L’installation de Pichillá s’articule autour des paysages saisissants du lac Atitlán, où il vit. L’espace est occupé par de nombreux Espantapájaros (Épouvantails) : des tissages aux motifs colorés, enroulés autour de branches trouvées – un hommage aux terres agricoles et aux champs qui jalonnent son environnement. La série Abuela (Grand-mère) célèbre les matriarches ayant transmis les traditions du tissage, véritable pilier physique, mental et spirituel de la culture. L’installation Arqueología contemporánea (Archéologie contemporaine), composée de pierres disposées au sol et recouvertes d’étoffes tissées, prolonge la réflexion sur les textiles et leur potentiel organique en tant qu’entités vivantes. Reprenant conceptuellement ce qu’il décrit comme des « pierres kidnappées » dans les musées occidentaux, Pichillá les habille pour qu’elles deviennent des entités à part entière.
Dans deux performances vidéo, l’artiste insuffle vie, mouvement et texture chorégraphique à ces notions, nous montrant un processus où il tisse littéralement la terre et l’eau avec son corps. Dans Tejiendo el paisaje (Tisser le paysage, 2020), il se fraie lentement un chemin entre des troncs d’arbres submergés dans le lac Atitlán, tandis que dans Cordón umbilical (Cordon ombilical, 2021), il est attaché à un arbre dans la forêt, qu’il utilise comme point d’ancrage pour créer ses motifs. Des eaux de l’Amérique centrale à la communauté arctique de Tuktuuyaqtuuqo, ces performances sont juxtaposées à Stitching My Landscape (2017) de l’artiste Inuvialik Maureen Grubens, une action consistant à connecter 111 trous de pêche sur glace avec 300 mètres de drap rouge. La vidéo témoigne de la dimension physique du geste consistant à dérouler le tissu d’un trou à l’autre – un acte d’endurance et de dévotion qui fait écho à la chasse de subsistance et qui laisse une trace persistante, une partition performative et même une cicatrice recousue au cœur du paysage.
Avec l’aimable collaboration de la Cooper Cole Gallery.
En codiffusion avec le Centre Materia.